FSM 2026: regard d’un rappeur congolais sur la lutte nationale et le droit international
Entrevue de Martial Pa’nucci par Khady Konaté, membre du collectif jeunesse international propulsé par Katalizo au Forum social mondial 2026.
Dans le cadre du Forum social mondial 2026 à Cotonou, l’Association des Familles des Prisonniers et Disparus sahraouis (AFPDS) a organisé le 7 août dernier une activité Décolonisation et autodétermination du peuple sahraoui. L’objectif de la rencontre visait à faire le point sur la situation du peuple sahraoui du point de vue du droit international et de la lutte nationale. Le Sahara occidental reste la dernière colonie du continent africain. Malgré des engagements internationaux récurrents, la volontaire populaire sahraouie demeure entravée par le colonialisme et le néo-colonialisme. Le Collectif jeunesse s’entretient en marge de l’activité avec un participant de l’activité, Marcel Pa’nucci, originaire du Congo.
Khady Konaté — pouvez-vous vous présenter ?
Martial Pa’nucci — Je m’appelle Martial Pa’nucci, c’est mon nom de scène, sinon mon nom de famille c’est Mbourangon, « l’homme de la famille des panthères ». Je viens du nord du Congo, vers le fleuve Congo. Mes parents viennent des deux côtés (du fleuve). Malheureusement, par colonialisme, il y a eu deux Congo, et jusqu’à aujourd’hui on n’a pas pu encore résoudre le problème. Je suis rappeur, activiste et écrivain vivant en exil au Burkina Faso depuis 10 ans.
KK — Nous venons tout juste de sortir d’un atelier du FSM 2026 portant sur l’autodétermination sahraouie. D’abord, pourquoi y étiez-vous ? Et ensuite, quel lien faites-vous entre la lutte du peuple sahraoui et votre Congo natal ?
MP — J’avoue que je cherchais un autre atelier et que je suis arrivé là par hasard (rires). Mais la situation du Sahara occidental me préoccupe particulièrement en tant que militant panafricaniste. C’est ce qui a fait que j’y suis resté jusqu’à la fin.
Le lien que je fais avec le Congo, c’est que le Congo est aussi sous occupation. Du côté est, donc de la RDC, c’est le Rwanda qui manigance avec d’autres États impérialistes qu’on connaît. Et du côté de Brazzaville, ou plutôt Mavula, puisqu’on parle de la rive gauche (NDLR République du Congo), le Congo est occupé par un groupe d’individus qui eux ont aussi sont en partenariat avec des États impérialistes et là, c’est un groupe d’individus qui prétend gouverner, mais qui en réalité opprime le peuple. Étant donné que je viens de ce coin où les gens résistent à l’oppression, je ne peux pas comprendre que l’oppression du peuple sahraoui puisse passer naturellement, alors qu’on est sur un continent ou c’est l’un des rares territoires à être encore occupés. Et ça, c’est inadmissible. En tant qu’Africain.es, on a des luttes internes, mais ça c’est une lutte qui devrait être la première lutte de toutes nos luttes.
KK — Qu’avez-vous à dire par rapport à la visibilité accordée à certaines luttes vis-à-vis d’autres ?
MP — J’ai toujours été très critique vis-à-vis du monde militant puisque malheureusement on priorise certaines luttes à d’autres, alors qu’il y en a qui perdurent depuis trop longtemps et qui sont tout aussi urgentes. La libération du Sahara occidental, par exemple, nous permettrait d’aller plus loin avec d’autres luttes, et plus rapidement, parce qu’il s’agit d’une lutte vitale. C’est un peuple qui est sur une terre « libre », qui est opprimé et on assiste à ça sans vraiment se bouger.
Il faut qu’en tant que militant.es, on puisse avoir le réflexe, non pas seulement de prioriser les luttes, mais aussi de les mettre sur un même pied d’égalité pour qu’elles puissent avoir la même visibilité. Parce qu’aujourd’hui, la bataille pour la Palestine a gagné le combat de la communication. Mais pourquoi ne ferait-on pas la même chose pour le Sahara occidental, pour le Congo, pour les Soudan, pour le Cabinda ? C’est très important. C’est un travail que chaque militant.e doit faire au niveau mental.
KK — Un dernier mot sur la question de la souveraineté des peuples et du droit à l’autodétermination ?
MP — La résistance à l’oppression est un droit naturel, c’est ce que disait Louis Delgrès, un militant martiniquais d’avant la fin de la colonisation. Et aussi, que le peuple gagne toujours, peu importe, le temps que prend une lutte. Il faut toujours être du côté des peuples, et non du côté de l’oppresseur. Même si on peut en tirer des bénéfices, mieux vaut se tenir avec le peuple.