La crise sécuritaire au Sahel : au-delà du terrorisme

Security officer on a rock formation gazing over the expansive Nigerian landscape.

par Nicolas Audet, membre du collectif jeunesse international propulsé par Katalizo au Forum social mondial 2026.

Quelle lecture pouvons-nous retenir de la crise sécuritaire qui frappe le Sahel, particulièrement le Mali, le Burkina Faso et le Niger ? Les interventions à l’atelier initié par le réseau Afrique Europe Interact au FSM 2026 à Cotonou ont mis l’accent sur la nécessité de dépasser l’approche réductrice d’une région confrontée uniquement à la montée du terrorisme. La crise actuelle est plutôt le résultat de dynamiques historiques, politiques, économiques et sociales complexes, dans lesquelles les puissances coloniales et impériales occidentales occupent, selon les panélistes, une place importante.

Base Map of the countries of the Sahel

Leur propos a notamment insisté sur le poids de l’histoire coloniale et sur les interventions successives des puissances occidentales dans la région. La fragilité des États, les inégalités économiques, les conflits entre les communautés et les tensions sectaires ne peuvent être dissociés de décennies de politiques ayant contribué à façonner les structures politiques et économiques du Sahel. À cela s’ajoutent aujourd’hui des régimes de plus en plus autoritaires, une instabilité politique persistante et la présence de groupes armés qui profitent du mécontentement d’une partie des populations.

Un propos particulièrement marquant de la conférence concernait le rôle de l’Occident et de l’industrie de l’armement dans la persistance des conflits. Selon l’un des panélistes, l’Occident et les fabricants d’armes profitent également de l’instabilité qui frappe la région. Alors que les populations du Sahel subissent les conséquences humaines et économiques des conflits, les crises sécuritaires créent une demande croissante pour les armes, les équipements militaires et les opérations de sécurité. Cette situation soulève un paradoxe important : les pays du Sahel ne produisent pas eux-mêmes les armes qui alimentent leurs conflits, mais ils en assument pourtant une grande partie du coût humain, social et économique.

Cette réalité remet en question l’idée selon laquelle la réponse à la crise devrait nécessairement passer par des investissements toujours plus importants dans l’armement et les capacités militaires. Une approche durable doit s’attaquer aux conditions sociales, économiques et politiques qui permettent aux groupes armés et aux mouvements extrémistes de prospérer. Le développement économique, l’accès à l’éducation, la création d’emplois, le renforcement des institutions démocratiques ainsi que la prise en compte des réalités culturelles et communautaires doivent ainsi occuper une place centrale dans les stratégies de stabilisation.

Méhariste de la garde nationale du Niger dans le village d'Inatès, près de la frontière avec le Mali et le Burkina Faso, 14 janvier 2007.

La présentation d’Afrique Europe Interact a également mis en lumière la responsabilité historique des puissances occidentales dans les problèmes auxquels le Sahel est aujourd’hui confronté. La crise ne peut être comprise indépendamment de l’histoire coloniale, des interventions étrangères et des rapports économiques et politiques qui ont longtemps structuré la région. Dans cette perspective, réduire la situation à une simple lutte contre le terrorisme revient à négliger une partie importante de ses causes profondes.

Une réponse exclusivement sécuritaire risque de traiter les symptômes plutôt que les causes de la crise. Si l’objectif est de favoriser une stabilité durable au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les politiques de sécurité doivent être accompagnées d’investissements substantiels dans le développement socio-économique, l’éducation, la gouvernance et les solutions adaptées aux réalités culturelles locales.

Une véritable stratégie de paix au Sahel ne peut ainsi se limiter à fournir davantage d’armes à des États qui ne les produisent pas eux-mêmes : elle doit aussi s’attaquer aux conditions qui ont permis à la crise de se développer et aux intérêts qui contribuent à sa perpétuation.