À Cotonou, le FSM transforme les obstacles en dialogue, les différences en intelligence collective et les rencontres en solidarités durables
Atelier d’échanges Nord-Sud organisé par Katalizo, YILAA et la Comission Nationale du Panafricanisme, crédit photo : Espoir Photography
Tribune collective de Maeva Boucher Lopez et Hiba Ham, membres du collectif jeunesse international propulsé par Katalizo au Forum social mondial 2026.
À des milliers de kilomètres les uns des autres, nous avons grandi dans des réalités différentes. Plusieurs ont connu la guerre, d’autres, les catastrophes climatiques, la répression politique, les inégalités ou les discriminations. D’autres encore ont grandi dans des sociétés où l’on croit parfois que ces réalités n’existent qu’ailleurs. Pourtant, aujourd’hui, nos chemins se croisent au Bénin.
Ce n’est pas un hasard.
Nous sommes réuni.es ici parce que nous refusons de croire que la peur doit écrire l’avenir. Le Forum social mondial est bien plus qu’un événement. C’est un espace où les frontières s’effacent pour laisser place aux rencontres, aux débats, aux rêves et à l’action. Dans un monde où les crises semblent parfois nous pousser à nous méfier les uns des autres, choisir de se rassembler est déjà un acte de courage.
Nous ne sommes pas ici pour fermer les yeux sur ce qui se passe. Les conflits se multiplient, les droits humains sont fragilisés et les inégalités se creusent dans de nombreuses régions du monde. Nous pensons à toutes celles et tous ceux dont la voix est réduite au silence, ainsi qu’à celles et ceux qui continuent, malgré les risques, de défendre la dignité humaine et la justice.
Le fait que nous soyons réuni.es au Bénin porte une signification particulière. Sur ce continent, comme ailleurs, les peuples portent des histoires de résistance, de colonisation, de luttes pour l’indépendance, mais aussi d’innovation, de solidarité et d’espoir. Être ici, ensemble, rappelle que les solutions aux défis mondiaux ne viendront jamais d’un seul pays ou d’une seule région. Elles se construiront en écoutant les savoirs, les expériences et les réalités de chacune et chacun.
Les forums sociaux ne prétendent pas résoudre tous les problèmes du monde. Ils créent cependant quelque chose de tout aussi essentiel : un espace où l’on peut imaginer collectivement un avenir différent. Ils permettent de raconter une autre histoire que celle de la peur. Une histoire où des jeunes, des communautés, des peuples et des mouvements sociaux choisissent de se soutenir plutôt que de s’ignorer.
« Les grandes transformations ne naissent pas uniquement des institutions. Elles prennent aussi naissance dans les rencontres. »
Le Forum social mondial est aussi un lieu où naît des collaborations qui continueront bien après la fin de cette semaine. Ici, des citoyennes et citoyens, des organisations, des scientifiques, des artistes, des jeunes et des communautés venus des quatre coins du monde découvrent qu’ils partagent souvent les mêmes défis, malgré des contextes très différents. En mettant leurs expériences en commun, ils construisent des réponses qu’aucun pays ne pourrait élaborer seul. Chaque atelier, chaque rencontre et chaque conversation contribue à bâtir des ponts entre les peuples. Ce sont ces liens, tissés dans l’écoute, le respect et la confiance, qui continueront d’exister bien après la fin du Forum. Les grandes transformations ne naissent pas uniquement des institutions ou des déclarations officielles. Elles prennent aussi naissance dans ces rencontres où des personnes choisissent de réfléchir ensemble, de coopérer et d’imaginer des solutions communes. C’est cette capacité à relier les expériences, à faire dialoguer les savoirs et à construire des solidarités durables qui donne au Forum social mondial toute sa portée.
Car oui, il existe une autre manière de regarder le monde. Une manière qui reconnaît les blessures sans s’y résigner. Une manière qui refuse de normaliser les injustices. Une manière qui transforme l’indignation en solidarité.
Nous sommes cette génération qui refuse d’abandonner. Peu importe notre âge, notre langue ou notre histoire, nous avons compris que les défis auxquels nous faisons face dépassent les frontières. Nos réponses doivent donc être, elles aussi, collectives.
Depuis le Bénin, nous lançons un appel. À toutes celles et tous ceux qui refusent que la haine, la peur ou l’indifférence deviennent la norme : rejoignez les espaces de dialogue, soutenez les initiatives citoyennes et citoyens, protégez celles et ceux qui défendent les droits humains et continuez de croire au pouvoir de la solidarité.
L’histoire retiendra peut-être les obstacles rencontrés. Nous, nous retiendrons surtout les rencontres qu’ils n’ont pas empêchées, les dialogues qu’ils n’ont pas fait taire et les solidarités qu’ils n’ont pas réussi à briser. Le véritable héritage du Forum ne se mesure pas au nombre de conférences organisées ni au nombre de participantes et participants réunis. Il se mesure à ce que chacune et chacun emportera en repartant : une idée nouvelle, une collaboration inattendue, une conviction renforcée ou l’envie d’agir autrement. Les frontières nous sépareront de nouveau, mais les liens créés ici continueront de voyager avec nous. Car lorsqu’un espace permet à des peuples de s’écouter, d’apprendre les uns des autres et de construire ensemble des réponses aux défis de notre époque, il devient bien plus qu’un événement : il devient une promesse. Celle qu’un autre monde est non seulement imaginable, mais qu’il commence déjà à se construire, une rencontre à la fois.