FSM 2026 : L’engagement des femmes de la Caravane ouest-africaine

par Khady Konaté, membre du collectif jeunesse international propulsé par Katalizo au Forum social mondial 2026.

Du 19 juillet au 9 août, la Caravane de la Caravane de la Convergence globale des luttes pour la terre et l’eau ouest-africaine (CGLTE OA) sillonne la Guinée, la Côte-d’Ivoire, le Ghana, le Togo et le Bénin à destination du Forum social mondial (FSM) à Cotonou. Ce sont neuf bus à bord desquels se trouvent des artisan.es, des paysan.es et des militant.es pour l’eau et la terre venu.es de la sous-région pour cette dixième édition de la Caravane. Parmi elles, on compte une forte présence de femmes.

Initialement refoulé.es à la frontière togolaise suite à leur arrivée à Cotonou par les autorités béninoises, les caravanier.ières ont finalement pu regagner la ville le 6 août sous un couvert de chants festifs une fois arrivé.es à l’université d’Abomey-Calavi. Leur détermination à rejoindre le FSM en dépit des embûches a finalement fait toute la différence.

Photo de Radiatu

Radiatu, une activiste et féministe du Liberia, fait partie de la Caravane. Elle travaille avec l’association Natural Resource Women Platform. Cela fait plus de 15 ans qu’elle est engagée dans la défense des droits des femmes et de l’environnement. Elle a rejoint la Caravane ouest-africaine depuis Lougoualé en Côte-d’Ivoire et participe pour la première fois au FSM. Pour elle, faire la route avec la Caravane était une grande source de motivation.

« Je voulais faire l’expérience des défis auxquels font face les femmes, manger ce qu’elles mangent, dormir là où elles dorment. Beaucoup sont des commerçantes qui traversent les frontières pour se procurer, vendre et échanger leurs produits. »

Pour Radiatu, parcourir l’Afrique de l’Ouest avec la caravane lui a permis de constater à quel point les réalités et problèmes des femmes issues des communautés rurales ne connaissent pas les frontières. En particulier, l’accaparement des terres au nom de l’investissement étranger qui priorise la culture du caoutchouc et de l’huile de palme reste un enjeu de taille.

« La forêt est leur super marché : c’est là qu’elles font pousser le cocotier et le manioc, là qu’elles peuvent ramasser le bois de cuisson et des champignons. Elles n’ont pas accès à des magasins, la forêt leur suffit et leur donne tout. » Elle poursuit : « C’est aussi grâce à la forêt qu’elles peuvent se procurer des plantes médicinales pour se soigner ou pour donner naissance. Ces femmes n’ont pas accès à des
hôpitaux et doivent marcher sur de longues distances pour bénéficier de ces soins.

En réalité, avec l’accaparement des terres, c’est leur source de subsistance qui leur est enlevée ». En dépit d’avancer comme le vote de législations sur le consentement libre, informé et éclairé des communautés dans certains pays d’Afrique de l’Ouest, celles-ci n’ont pas force de loi et leur impact se fait encore attendre pour garantir aux femmes le droit à la terre, à l’eau et à l’environnement.

Malgré tout, Radiatu croit que le travail de sensibilisation et d’éducation populaire mené par les groupes de la société civile, dont la Caravane ouest-africaine, peut servir de levier pour tenir les gouvernements responsables et visibiliser l’importance de ces luttes.

Radiatu souligne également la capacité des femmes à s’organiser face à l’accaparement des terres. En effet, elles occupent et cultivent sur les parcelles restantes. Elles se déplacent dans d’autres communautés pour continuer leurs activités agricoles. Elles partagent entre elles, font des échanges et se soutiennent, car elles ne gagnent pas beaucoup.

Surtout, elles sont les gardiennes de méthodes durables pour la culture des sols et la préservation des savoirs artisanaux, comme l’emballage des aliments au moyen de feuilles. « Vraiment ce sont elles qui préservent et protègent la forêt et les terres. C’est pour ça qu’il est important d’avoir ces femmes dans les instances décisionnelles et pour orienter nos actions. »

C’est pourquoi le blocage de la Caravane a été une source de frustration et d’incrédulité pour les femmes à bord des bus. « Pour plusieurs femmes, c’était la première fois qu’elles quittaient leur communauté et leur pays. Une fois arrivées à Cotonou, se faire dire de retourner à la frontière, ça donnait le sentiment d’être des étrangères sur leur propre continent. C’était vraiment de mauvais goût.Momentanément, leurs espoirs étaient balayés. Malgré ce qu’on alléguait contre elles, la seule chose qu’elles amenaient avec elles, c’était le poids des luttes des pays d’où elles viennent. »

En réponse à cette situation inédite, les femmes ont décidé de diffuser des messages vidéo sur les réseaux sociaux pour lancer un appel à la solidarité et faire un plaidoyer en faveur de la libre circulation des biens et des personnes. Dans les bus, après ce revirement de fortune, celles et ceux à bord n’ont pas démordu de leur engagement à faire entendre leurs voix et à persister pour rejoindre le FSM. Pour tenir le coup dans la résistance, les caravaniers.ières ont chanté, dansé, rit ensemble, et parlé dans la langue des un.es et des autres. « On ne faisait qu’un, c’était comme être dans une Afrique sans frontières. Si l’Afrique devient ce que nous étions dans les bus, alors l’Afrique ira bien », exprime la militante.

« Nous sommes pleines d’espoir que les choses vont finir par changer, et que le mouvement que nous avons choisi nous y mènera. Ce changement ne va peut-être pas avoir lieu de notre vivant, mais il sera peut-être là pour les enfants de nos enfants. Et l’histoire se rappellera des femmes qui se sont tenues debout, qui ont pris la parole et qui ont lutté pour le genre de justice dont elles et ils profiteront », conclut Radiatu.

Caravane ouest-africaine au FSM, crédit photo : Uriel